Avec Estelle, Stan et Antoine, nous traversons les Breithorn : quatre sommets de 4 000 m, une arête aérienne et une mer de nuages entre Italie et Suisse.

Jusqu’au bout, le suspense reste complet pour cette sortie ! Vingt-quatre heures avant le départ, au regard des bulletins météo, je commence à envisager toutes sortes de plans B, dans un rayon d’action s’étalant des Calanques aux Alpes du Nord ! Pas question d’aller errer deux jours dans le mauvais temps sur les glaciers du Val d’Aoste…
Finalement, les toutes dernières prévisions se font plus clémentes. Passée une première journée très moyenne, on doit pouvoir compter sur du beau temps : feu !
De Testa Grigia au refuge du Val d’Ayas
Départ de Testa Grigia en début d’après-midi avec Estelle, Stan et Antoine. Je connais tout le monde aujourd’hui, ça fait plaisir ! Nous expérimentons en quelques minutes toutes les météos imaginables. Sans visibilité et quasiment sans traces puisqu’il a reneigé, je redécouvre les joies de l’orientation dans ces grands espaces sans repères !
Pas de grands objectifs : aujourd’hui, on va « juste » dormir au refuge du Val d’Ayas. En chemin, le temps s’améliore, les nuages se déchirent, je range le GPS et on profite un peu de la vue et du refuge relativement calme.
La traversée des Breithorn
Réveil à 3 h 30. Les étoiles brillent. C’est bon, ça ! L’idée du jour est de faire la traversée intégrale des Breithorn, une grande course d’altitude où l’on oscille toute la journée entre 4 000 et 4 100 m, entre corniches et passages mixtes, dans une ambiance très aérienne, le tout suspendu entre Italie et Suisse… Une longue course, mais avec de nombreuses portes de sortie si l’énergie ou le temps venaient à manquer.
La journée démarre par 800 m de montée jusqu’à Roccia Nera, premier 4 000 du jour. De là, nous ne descendrons quasiment plus en dessous de 4 000 m pendant les six heures de la traversée ! L’ambiance du jour est à couper le souffle : côté suisse, une mer de nuages plafonne 200 m sous nous, ne laissant apparaître que la tête des plus hauts sommets alpins. Ce coton donnerait presque envie de sauter dedans !!
Séparés en deux cordées, nous suivons le fil de cette arête alternant corniches de neige, passages mixtes, désescalade, rappels, rochers et autres réjouissances ! Dans la partie grimpante, nous ne faisons plus qu’une seule cordée…
La boulette du jour : un piolet farceur tout en carbone, fraîchement acheté, qui glisse de mon épaule et rebondit dans la face nord du Breithorn.
Le miracle du jour : ce même piolet stabilisé 40 m plus bas sur une improbable accumulation neigeuse, dans une pente à 50°, à 20 cm du grand plongeon ! Et notre corde qui fait juste 40 m !
Malgré la fatigue et le souffle rare, tout le monde arrive jusqu’au Breithorn Occidental, notre quatrième 4 000 du jour !
Données Pratiques / Topo
J1 — Traversée glaciaire vers le refuge du Val d’Ayas
- Départ de Testa Grigia avec Estelle, Stan et Antoine pour rejoindre le refuge du Val d’Ayas. Navigation dans une visibilité réduite après une nouvelle chute de neige, puis amélioration du temps en cours d’approche.
J2 — Quatre 4 000 sur l’arête du Breithorn
- Réveil à 3 h 30 et montée de 800 m jusqu’à Roccia Nera. Traversée aérienne entre neige, corniches, passages mixtes, rocher, désescalade et rappels, au-dessus d’une mer de nuages. Après environ six heures sur l’arête, toute la cordée rejoint le Breithorn Occidental, quatrième 4 000 du jour.
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