Le Tour de la Meije : quatre jours de raid à ski sur l’un des plus beaux tours des Alpes, avec l’ascension de la Grande Ruine au programme de cette virée.

4 jours de raid à ski sur un des plus beaux tours du genre dans les Alpes : le Tour de la Meije ! Nous optons pour le grand tour, avec, le deuxième jour, l’ascension de la Grande Ruine. Opération réussie à merveille avec Pierre, Loïc, Pierre et Noémie. Soleil radieux, bonnes conditions de neige, gueuletons en refuge, fous rires et siestes… La belle vie, quoi !
Notre itinéraire :
- Jour 1 : montée au refuge Adèle Planchard
- Jour 2 : Sommet de la Grande Ruine / Col de la Casse Déserte / Refuge du Châtelleret
- Jour 3 : Brèche de la Meije / Serret du Savon / refuge de l’Aigle
- Jour 4 : descente du glacier de l’Homme
Le printemps est une période douce pour le skieur… En bas, les petites fleurs et les papillons… puis, pas trop loin, la neige, les océans de moquette qui n’attendent que nos spatules, à la bonne heure ! Neige stabilisée, tempête de ciel bleu, compagnons motivés : tous les voyants sont au vert ! Les portes de la haute altitude s’ouvrent à nous !
Je réunis pour ces 4 jours de ski autour de la Meije une fine équipe savoyardo-haut-alpino-picardesque : Pierre des montagnes voisines, Noémie et Pierre, impatients de repartir après nos 3 jours dans le Queyras, et Loïc, digne représentant picard que j’avais déjà rencontré l’an dernier au cours d’une initiation à l’alpinisme…
Pour tout l’monde (euh sauf moi !), partir aussi longtemps, aussi haut et à ski, c’est une première ! Alors le faire autour de la Meije, sur un des plus fameux raids d’altitude des Alpes, ça place la barre assez haut pour la suite !
JOUR 1 : montée à Adèle Planchard
Larguer les amarres ! Toujours beaucoup d’inertie à vaincre le premier jour : réunir tout le monde, tout le matériel, faire rentrer ça dans un sac, pas trop lourd si possible… Vers 10 h 30, c’est chose faite, notre petit équipage quitte le port du Pied du Col, cap sur Adèle Planchard. Skis sur le sac pendant une petite demi-heure avant de chausser dans la montée au Pas d’Ana Falque. En passant, je montre le refuge de l’Aigle et le glacier de l’Homme : « Dans 4 jours, normalement, on descend là ! »… Je sens bien que tout l’monde regarde ça d’un œil incrédule !
La montée à Adèle Planchard est de toute beauté mais n’est clairement pas une petite promenade à mémé (avec tout le respect que j’ai pour les mémés)… Un peu plus de 1 400 m de dénivelé et si peu de kilomètres…
Quelques dizaines de conversions en plus et quelques litres de sueur en moins, on débarque au refuge ! Personne n’est motivé pour continuer à monter et se faire une petite descente… Je comprends pas !
Adèle Planchard… Un des plus hauts refuges du massif, forcément ça se mérite… Aurélien et Noémie, qui ont la charge de garder le refuge, sont à la hauteur des lieux ! Que seraient ces quatre murs sans l’énergie et la sympathie des gardiens ! Merci à eux pour ces bons moments…
JOUR 2 : Sommet de la Grande Ruine / Col de la Casse Déserte / Refuge du Châtelleret
Bonne nouvelle, aujourd’hui, si tout va bien, on fait du ski à la descente ! Programme banal ce matin : d’abord un lever de soleil avant le petit déjeuner.
Un petit coup d’œil sur l’objectif du jour, la Pointe Brevoort, sommet de la Grande Ruine… Pas besoin de se lever trop tôt, tant mieux !
Nous montons tranquillement jusqu’à la Brèche Giraud Lézin où nous laissons les skis pour lancer l’assaut sommital de la Pointe Brevoort par le couloir, en excellentes conditions… pour les piétons. L’occasion de réviser ou d’apprendre le cramponnage dans le pentu ! Belle entrée en matière !
On savoure le sommet et ce panorama exceptionnel. Une première en altitude pour beaucoup d’entre nous ! Que c’est bon d’être là-haut ! Surtout quand on sait qu’on n’a (quasiment) plus qu’à descendre sur 1 600 m ! Et avec des skis !
Le vent du jour, bizarrement peu sensible au sommet, nous prive d’une neige transformée sur la Grande Ruine. Il faut feinter, trouver les zones lisses… mais bon, à l’unanimité, nous accordons une mention passable à ces premiers virages… Heureusement, l’autre versant nous réserve de bien meilleures sensations…
Une autre première au programme aujourd’hui : le ski en pente raide encordé ! Deux options au niveau du col : descendre en crampons à main droite en descendant… Ou skis aux pieds dans du raide à main gauche… Option retenue !
Petite boulette du guide : pour skier léger, je jette ma corde dans la pente, je skie et dépasse allègrement ma corde avant d’apercevoir les signes de mes compagnons… C’est pas grave. C’est tellement de plaisir de remonter en escalier ! Bref…
Un des derniers passages techniques du jour nous attend avant l’océan de moquette qui est censé nous mener directement à une table de refuge…
Nous passons directement au milieu du ressaut glaciaire qui me parait à ce jour le passage le plus safe et qui plus est skiable sans corde… Mais gare, avec le faible enneigement de cette année, les trous vont pas tarder à s’ouvrir !! Une crevasse commence à être apparente sur le haut du ressaut… Le passage rive gauche nécessite de bonnes compétences de dérapeur pour être franchi sans corde…
Fin des opérations techniques, place à la moquette !
Quel pied cette descente avec ces petites combes joueuses ! Après l’ingrate journée d’hier, aujourd’hui c’est le bonheur !
Échouage collectif sur la terrasse du Châtelleret pour un bon bain de soleil, l’omelette dans l’assiette et la bière à la main à contempler, échanger, rigoler… avant la sieste… la rude vie du raideur, quoi !
JOUR 3 : Brèche de la Meije / Serret du Savon / refuge de l’Aigle
C’est pas de la gnognotte aujourd’hui ! Nous rejoignons le refuge de l’Aigle… L’étape la plus longue en dénivelé (1 500 m), la plus technique et tout ça en altitude ! Mais aussi la plus belle avec cette folle ambiance de haute montagne sous la face nord, et l’élégance de l’itinéraire emprunté. Les deux jours précédents m’ont complètement convaincu des compétences de tout le monde. Gros plus : la sauce a pris dans le groupe et nous sommes désormais une vraie cordée, qui rigole et qui s’entraide… J’aime ça !
On démarre par une petite montée sèche à la Brèche de la Meije : 1 100 m au réveil qui passent plutôt bien dans la fraîcheur du matin… On arrive au pied de la brèche avec les premiers rayons de soleil, changement immédiat d’ambiance : ça chauffe dur !
Un bon petit casse-croûte dans ce lieu insolite qu’est la brèche, avec deux univers complètement différents de chaque côté : la chaleureuse moquette des Étançons et l’ambiance envoûtante mais effrayante du glacier de la Meije… Et tout en bas, La Grave !
Après cette petite halte restauratrice, nous reprenons les grandes manœuvres. La corde de 60 m que je porte avec beaucoup de joie depuis 3 jours nous permet de franchir en un rappel la rimaye, moyennant un petit saut de cabri !! Moulinette pour tout l’équipage et crochet Julio pour le capitaine… J’ai l’impression que le crochet Julio (système éjectable permettant de descendre par ex. 60 m avec un brin de 60 m) laisse un peu songeurs mes compagnons ! Il est aussi possible de désescalader en crampons…
C’est parti pour un cheminement de folie sur le glacier de la Meije… Le passage rive droite sous la brèche est encore en conditions mais peut-être plus pour longtemps s’il ne reneige pas. Sur la photo suivante, ça passe complètement à gauche entre la crevasse et le raide bombé de glace. La partie neige fait environ 2 m de large (on voit pas sur la photo mais il y a de la glace même sur la partie blanche). Sinon, ça passe probablement bien en faisant un large crochet à droite sur la photo… qui oblige à remonter un peu plus ensuite.
Après la traversée, on repeaute jusqu’au pied du Gravelotte… Une crevasse est en train de s’ouvrir sur le haut, ça passe très bien pour l’instant…
Un petit sérac au début de la remontée…
Pour le dépeautage, nous prenons soin de ne pas rester sous les séracs, ce qui ne semble pas être le cas de la trace existante… Content de passer là skis aux pieds et à la descente, la dernière fois c’était tout le contraire (voir ici) ! Pause express pour figer les séracs, on traîne pas !
Et enfin le clou de la journée, le Serret du Savon ! Tip top !
Il ne reste plus qu’à traverser jusqu’au refuge de l’Aigle, ce lieu totalement mythique !! Reconstitution des troupes devant une énorme crêpe et une bière… le tout accompagné de quelques fous rires assurément dus à l’hypoxie !
Louis et Laura sont les gardiens du nouveau refuge et nous réservent un super accueil avec tout plein de petites attentions et de la cuisine de grands chefs ! Ne changez rien ! L’Aigle a besoin de vous !
JOUR 4 : descente du glacier de l’Homme depuis le Refuge de l’Aigle
S’il y a bien un endroit où le lever de soleil vaut son pesant de cacahuètes, c’est bien à l’Aigle ! Quel bonheur de contempler ça, le bol de thé ou le café à la main…
Avant de quitter la haute montagne, mon équipage a une dernière requête. Après avoir skié sur les glaciers, ils ont envie de voir l’intérieur, de rentrer dans une crevasse ! Je trouve un endroit propice à ce type d’exploration non loin du refuge… Quelques corps-morts sont installés pour sécuriser les opérations et Loïc se dévoue pour tester la solidité de l’ensemble et descendre en premier dans la crevasse… qui fait au moins 20 m de profondeur ! L’occasion aussi de montrer la manip de secours… Tout le monde y passera avec un peu d’émotion au rendez-vous !
Après ces petits entrefaites matinaux, nous rejoignons le refuge, bouclons le paquetage, embrassons les gardiens et filons vers la vallée par cette incroyable descente du glacier de l’Homme. Il est 10h30, la neige est bien revenue, c’est tout bon.
Le passage sous le sérac est vraiment très impressionnant. Je n’ai guère besoin d’expliquer qu’il ne faut pas traîner dans ce secteur, tout le monde l’a déjà bien compris !!
Le reste est bien plus relaxant : de la moquette à foison avec des combes et des petits bouts de couloirs joueurs, tout ça dans un cadre spectaculaire… Aujourd’hui, on se venge de la première journée : on ne fait que de la descente !! Plus de photos tout bientôt…
Ça skie jusqu’à 100 m à pied de la rivière, d’où on rejoint la voiture en 5 minutes de marche, tout bon pour nous… Les chaleurs actuelles vont rapidement augmenter le portage.
Finish de toute beauté… on clôture ce séjour à l’Auberge du Pas de l’Âne à la hauteur de tout le reste : grandiose !
Données Pratiques / Topo
Le Tour de la Meije à ski en 4 jours
Ce grand Tour de la Meije à ski se déroule sur quatre jours, au départ du Pied du Col. Il passe par les refuges Adèle Planchard, du Châtelleret et de l’Aigle. L’ascension de la Grande Ruine s’ajoute au programme le deuxième jour, avant la traversée de la Brèche de la Meije et le retour par le glacier de l’Homme.
Jour 1 : montée au refuge Adèle Planchard
Depuis le Pied du Col, la première étape mène au refuge Adèle Planchard. La montée représente un peu plus de 1 400 m de dénivelé et donne le ton du séjour : le Tour de la Meije demande de l’endurance dès le départ.
Jour 2 : Grande Ruine, Casse Déserte et Châtelleret
La journée commence par l’ascension de la Pointe Brevoort, au sommet de la Grande Ruine. L’itinéraire passe ensuite par le col des Neiges et le col de la Casse Déserte, avant une longue descente vers le refuge du Châtelleret. Cette étape mêle progression à ski et passage en crampons.
Jour 3 : Brèche de la Meije, Serret du Savon et refuge de l’Aigle
C’est l’étape la plus longue et la plus technique du programme, avec environ 1 500 m de dénivelé. Depuis le Châtelleret, la montée rejoint la Brèche de la Meije. La traversée se poursuit sur le glacier de la Meije, puis par le Serret du Savon, jusqu’au refuge de l’Aigle.
Jour 4 : descente du glacier de l’Homme
La dernière journée est consacrée à la descente du glacier de l’Homme pour rejoindre la vallée et revenir au Pied du Col. L’enneigement détermine jusqu’où il est possible de skier avant de terminer à pied.
Quel niveau faut-il pour faire ce tour ?
Ce parcours s’adresse à des skieurs de randonnée capables d’enchaîner de longues étapes en altitude et de progresser sur glacier. Selon les passages et les conditions, il faut aussi savoir utiliser crampons, corde et matériel de rappel. L’état de la neige, des glaciers et des passages techniques doit être vérifié avant le départ : ce récit décrit un itinéraire réalisé à un moment donné, pas des conditions permanentes.
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