Trois jours de raid à ski en Vanoise entre amis : poudreuse inespérée, nuit à Péclet-Polset, accueil à la Dent Parrachée et grands virages vers l’Orgère.

Que de bonheur et de virages poudreux inespérés pour ce trip de trois jours en Vanoise !
Quand je propose à Antoine, Frank, Josh et Thomas de partir pour la Vanoise, j'espère bien sûr trouver du ski un peu meilleur que dans les Hautes-Alpes... Dans tous les cas, la météo parfaite qui nous est promise est une belle invitation au voyage en altitude et, en fouinant un peu, on trouvera toujours quelques doux virages à se mettre sous la spatule. Jamais je n'aurais parié un kopek sur des runs d'anthologie comme ceux que nous avons eus !!
Déjà, notre séjour démarre par un revirement comme on les aime... J'apprends la veille de notre départ, juste avant d'aller dormir, que le téléphérique d'Orelle vient d'être victime d'une chute de bloc et qu'il est fermé pour quinze jours... Oupsss ! Branle-bas de combat, je sors les cartes et j'imagine une autre logistique... départ comme des vrais depuis la vallée.
Même si c'est toujours déstabilisant, je sais d'expérience que ces changements de dernière minute, qui nous orientent vers des itinéraires qu'on n'aurait pas imaginés au début, sont parfois une chance et donnent un autre regard sur la montagne... J'aime aussi, d'une certaine façon, quand les choses se font d'elles-mêmes, que tout n'est pas sous contrôle, que nos sens sont en éveil pour capter les signes et composer en direct avec ce qui nous est offert. Un subtil dosage entre préparation et improvisation, entre décision et lâcher-prise...
Je connais maintenant très bien Frank et Antoine. Je sais qu'ils me font totalement confiance sur ce mode opératoire... et que plus on s'éloigne du tout cuit, plus notre aventure sera riche et authentique !
Antoine ramène pour ces trois jours deux potes à lui, Josh et Tom, triés sur le volet après toute une batterie de tests physiques et mentaux... On n'est pas là pour faire deux heures de ski par jour, le message est clair !!
Avant le récit, une belle vidéo concoctée par Tom. Ça se passe de commentaires !
Jour 1 : de Modane à Péclet-Polset
C'est donc quelques virages au-dessus de Modane qu'on laisse notre voiture... J'ai toujours eu un vilain a priori sur ce coin-là, que j'ai systématiquement écarté des options de départ possibles. J'avoue que, sans le revirement de dernière minute, je n'aurais jamais imaginé partir de là... On se gare vers 1 400 m, au terminus hivernal de la route de l'Orgère.
Première surprise : on chausse les skis de suite sur la route. Après quelques minutes de montée, on s'éloigne de l'ambiance Maurienne/autoroute et on se retrouve dans de belles forêts de mélèzes où scintillent une dizaine de mystérieux centimètres de poudreuse... Antoine, mort de faim, s'imagine déjà skier chaque talus !!
On bifurque dans le vallon de Polset. L'ambiance est bien sauvage. Aucune trace de montée et juste deux traces de descente dans ce vallon géant... Il fait bien chaud, mais nous montons dans une belle poudreuse... Vers le Grand Planay, non loin de la Source du Vin, Antoine craque : il enlève ses peaux et pose quelques virages dans la poudreuse... Le reste de l'équipe continue prudemment à monter, se réservant un peu de marge pour la suite. Qui connaît Antoine sait qu'il n'est pas forcément sain de se caler sur son rythme !
Plus haut dans le vallon, j'ai la spatule qui commence à frétiller en voyant la belle combe ouest qui monte au col du Ravin Noir. Le projet motive tout le monde. On allège donc nos sacs et on monte les 500 m jusqu'au col.
C'est à ce moment que le séjour commence à prendre une tournure sympathique... On voit bien en montant que la neige est très bonne ! Est-ce juste un bon coup de flair, un coup de chance, le dernier endroit épargné de toutes les Alpes ? Trouverons-nous de la neige comme ça à d'autres endroits ?
Ne sachant répondre à toutes ces questions, on préfère bétonner en faisant deux rotations dans ce run d'anthologie, dans 20 cm de poudre tassée, au soleil. Instants parfaits avec, en toile de fond, la Meije et les Écrins...
Il ne nous reste ensuite plus qu'à passer le col de Chavière pour descendre sur le refuge de Péclet-Polset... La descente est en fait une traversée descendante peu skiante, mais on a quand même le temps de se rendre compte que la poudreuse est aussi un peu là sur ce versant... Difficile toutefois de se faire une véritable idée des conditions à cette heure-là : la nuit n'est pas loin.
Ce soir, nous ne mettons pas les pieds sous la table : c'est le local d'hiver du refuge qui nous attend. En peu de temps, nous sommes installés dans notre tanière, le poêle ronronne, la neige fond et les bières sont ouvertes !
Après notre plâtrée de pâtes, je jette un coup d'œil dehors. La pleine lune éclaire tout notre vallon : un petit tour dehors s'impose ! Évidemment, il ne faut pas longtemps à Antoine pour se motiver et nous voilà repartis pour notre dernier run du jour : 200 m, sur un ski pour moi, boulette oblige.
Jour 2 : de Péclet Polset au refuge de la Dent Parrachée
Il est 8h quand nous sortons les skis de notre terrier... le premier projet du jour est d'aller voir la combe qui descend sous le glacier de la Masse. Et pourquoi pas remonter un peu sur le glacier si les conditions de ski y paraissent bonnes. Excellente pioche! On remonte le glacier quasiment jusqu'en haut et on s'envoie un premier run parfait de 600m. De quoi être détendu pour le reste de la journée.
Sans me l'avouer complètement, à ce moment du raid, commence à grandir en moi une sournoise pression de réussite. Quand tu commences à t'apercevoir que t'as plutôt tiré une bonne main mais que tu pourrais aussi tout gâcher en jouant les mauvaises cartes... On se rend tous compte des runs magiques qu'on fait mais on voit bien aussi le haut potentiel de neige de merde!
On poursuit notre route en remettant les peaux pour traverser sous la Pointe de l'Observatoire et la Pointe de Rosoire. La vue est splendide. Le Mont-Blanc nous fait face. La montagne est paisible. Nous descendons 200m jusqu'au chalet de Rosoire. Nous rencontrons pour la première fois la neige prévisible sur ce versant qui a écumé une tempête et un redoux pluvieux : neige croutée, vitrifiée, ondulée... La partie dégueulasse dure une centaine de mètres, largement assez pour moi pour perdre un ski... autour de nous quand on lève les yeux, on devine partout les ondulations dans la neige qui nous font passer presque toute envie de skier dans le secteur. Ca tombe bien, nous avons prévu aujourd'hui de passer le Col d'Aussois pour basculer sur le secteur Dent Parrachée. En remontant au Col, j'imagine le nez sur la carte des variantes de descente pour échapper aux nombreuses traces que j'imagine de l'autre côté.
Arrivé au col, il faut bien se rendre à l'évidence, c'est une nouvelle descente vierge qui nous attend! Après la pause pique nique, on s'offre un run digestif exceptionnel sur la partie haute et encore très bon en dessous... si bon qu'après avoir déposé les sacs, on s'en repaye une tranche!! Cette fois on glisse dans les combes poudreuses jusqu'au Fond d'Aussois... La fin de la journée sera consacrée à remonter jusqu'au Refuge de la Dent Parrachée où nous arrivons à la nuit tombante, juste à l'heure de l'apéro. Franck, le légendaire gardien des lieux est en train de servir l'apéro à une 40 aines de joyeux convives. Nous lâchons nos bâtons pour attraper les verres qui nous sont tendus. Ce soir l'ambiance est festive!Jour 2 : de Péclet-Polset au refuge de la Dent Parrachée
Il est 8 h quand nous sortons les skis de notre terrier... Le premier projet du jour est d'aller voir la combe qui descend sous le glacier de la Masse. Et pourquoi pas remonter un peu sur le glacier si les conditions de ski y paraissent bonnes. Excellente pioche ! On remonte le glacier quasiment jusqu'en haut et on s'envoie un premier run parfait de 600 m. De quoi être détendus pour le reste de la journée.
Sans me l'avouer complètement, à ce moment du raid commence à grandir en moi une sournoise pression de réussite. Quand tu commences à t'apercevoir que t'as plutôt tiré une bonne main, mais que tu pourrais aussi tout gâcher en jouant les mauvaises cartes... On se rend tous compte des runs magiques qu'on fait, mais on voit bien aussi le haut potentiel de neige de merde !
On poursuit notre route en remettant les peaux pour traverser sous la Pointe de l'Observatoire et la Pointe de Rosoire. La vue est splendide. Le Mont Blanc nous fait face. La montagne est paisible.
Nous descendons 200 m jusqu'au chalet de Rosoire. Nous rencontrons pour la première fois la neige prévisible sur ce versant qui a subi une tempête et un redoux pluvieux : neige croûtée, vitrifiée, ondulée... La partie dégueulasse dure une centaine de mètres, largement assez pour moi pour perdre un ski... Autour de nous, quand on lève les yeux, on devine partout les ondulations dans la neige qui nous font perdre presque toute envie de skier dans le secteur.
Ça tombe bien, nous avons prévu aujourd'hui de passer le col d'Aussois pour basculer sur le secteur de la Dent Parrachée. En remontant au col, le nez sur la carte, j'imagine des variantes de descente pour échapper aux nombreuses traces que j'imagine de l'autre côté.
Arrivés au col, il faut bien se rendre à l'évidence : c'est une nouvelle descente vierge qui nous attend ! Après la pause pique-nique, on s'offre un run digestif exceptionnel sur la partie haute et encore très bon en dessous... Si bon qu'après avoir déposé les sacs, on s'en repaye une tranche !!
Cette fois, on glisse dans les combes poudreuses jusqu'au Fond d'Aussois... La fin de la journée sera consacrée à remonter jusqu'au refuge de la Dent Parrachée, où nous arrivons à la nuit tombante, juste à l'heure de l'apéro.
Franck, le légendaire gardien des lieux, est en train de servir l'apéro à une quarantaine de joyeux convives. Nous lâchons nos bâtons pour attraper les verres qui nous sont tendus. Ce soir, l'ambiance est festive !
Jour 3 : bouclage de boucle par monts et par vaux
Nous quittons de bonne heure le chaleureux refuge de la Dent Parrachée ! L'idée du jour est de rentrer vers la voiture en passant par le col de la Masse... Mais pour commencer, on remonte un peu sur le plan de la Gorma pour skier les combes qui ramènent au Fond d'Aussois (plutôt que le petit couloir vitrifié), l'occasion de croiser un ou deux lagopèdes. Descente bien plus agréable qu'imaginée.
Nous attaquons la montée vers le col de la Masse. Immanquablement, mon regard se porte vers les grands champs de poudreuse vierge à gauche de notre montée, auxquels on accède par une pente d'une centaine de mètres à 40°... Aucune décision n'est prise pour l'instant, nous montons.
Même si nous n'avons skié que des pentes autour des 30°, ces dernières 48 h dans la montagne nous ont quand même donné de bons signaux sur la stabilité du manteau neigeux... et sur la solidité de l'ambiance et du physique de l'équipe ! Adjugé, on y va !
Un petit verrou rocheux donne accès aux grands champs, qui se révèlent à la hauteur de la promesse... Ce qui devait arriver arriva : après un run comme ça, les esprits s'échauffent et l'envie de refaire une rotation fait vite surface... D'abord on remonte, ensuite on voit ! Antoine, craignant de voir cette deuxième rotation lui échapper, part à son rythme devant nous et se paye un petit extra de 150 m, au cas où !!
Finalement, le groupe se scindera en deux : les conditions sont clémentes aujourd'hui en montagne et attendre une heure au soleil en regardant le ciel bleu et les montagnes est parfaitement envisageable... Nous voilà repartis de plus belle avec Josh et Antoine pour un deuxième run dans la combe de droite... Pour ne pas faire attendre trop longtemps Franck et Tom, on enquille la descente d'une traite, sans pause. Orgasmique ! 1 minute 30, douche comprise.
Nous remontons à bon train au col de la Masse, où on termine les dernières victuailles... En dessous de nous, encore 1 500 m de déniv' jusqu'à la voiture... Du sommet du col, on fait des pronostics sur la qualité de la neige. Tout le monde est confiant, il faut dire que la chance nous a plutôt souri jusque-là !
Les dix premiers virages sous le col, un peu changeants, laissent place à une parfaite poudre tassée que nous ne lâcherons plus qu'à quelques dizaines de mètres du fond de la vallée de l'Orgère. Là encore, pas une seule trace de skieur...
Je sens bien que l'on commence à s'accoutumer à ces descentes de rêve, non pas qu'on trouve ça banal, mais au minimum normal... C'est le problème quand tu ne croises pas assez de croûte !
Du refuge de l'Orgère, après dix minutes de skating, nous nous laissons paisiblement glisser jusqu'à la voiture...
Fin de ces trois jours comme je rêverais d'en guider tous les jours : des conditions joueuses, une météo parfaite et un groupe joyeux, fluide et solide ! Merci les gars, merci la montagne !
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