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31 mars 2016

Raid en Valpelline

Trois jours de raid à ski en Valpelline avec Frank et Antoine : Pointe Kurz, Tête de Valpelline, refuges italiens et demi-tour dans le mauvais temps.

Skieur dans la poudreuse du Haut Glacier d’Arolla pendant le raid en Valpelline.

À peine rentré d’une semaine délirante dans le massif des Ortles, c’est une nouvelle découverte qui m’attend en compagnie de Frank et Antoine : la Valpelline, où nous jouerons pendant trois jours de raid à ski à saute-mouton entre Valais suisse et Val d’Aoste italien... Des frontières plus faciles à passer là-haut que sur la route !

Avec Frank et Antoine, nous n’en sommes plus à nos galops d’essai, tout roule ! Nous avons déjà quelques belles aventures au compteur, la confiance et la complicité sont bien installées entre nous ! Tant mieux, cela permet de faire face tranquillement aux petits imprévus, comme cette route fermée 4 km plus tôt que prévu !

Jour 1 : longue approche et accueil au refuge Nacamuli

Bilan du premier jour : une longue approche jusqu’à Prarayer, puis jusqu’au refuge Nacamuli, qui nous garantit une solitude quasi parfaite... Avec Antoine, on continue au-dessus du refuge pour aller se dérouiller les guiboles dans une petite moquette premier choix, après une tentative peu fructueuse dans un couloir vers la Pointe Kurz !

L’accueil à Nacamuli par Petro et Cesare vaut le détour... La ligne téléphonique plus qu’intermittente rend très aléatoire toute tentative de réservation... Les joviaux et flegmatiques gardiens nous accueillent donc à la volée, persuadés de ne voir personne pendant plusieurs jours (ce qui ne les dérange visiblement pas !).

Ici, c’est le gardien qui te demande la météo ! Ou qui propose de t’accompagner le lendemain (si tu te lèves pas trop tôt) ! Et qui te cuisine en deux temps trois mouvements un parfait risotto (en entrée, bien sûr), en chantant à tue-tête dans sa cuisine... Du bel accueil, quoi ! On est loin des préoccupations (trop) commerciales de certains gardiens.

Jour 2 : Pointe Kurz et Tête de Valpelline, entre Suisse et Italie

Aujourd’hui, nous faisons une petite incursion en Suisse ! On grimpe à la Pointe Kurz, antécime du Mont Brulé, par des pentes faciles puis un peu plus raides sur la sortie, skis sur le sac obligatoires. Pas âme qui vive autour de nous. Les sommets environnants nous apparaissent au gré de la danse aléatoire des nuages. L’ambiance et les lumières changeantes nous assurent le spectacle du jour.

Nous hésitons quelques instants sur les options de descente, toutes attirantes... Finalement, on opte pour le versant suisse pour rejoindre le Haut Glacier d’Arolla. Après un début de descente décapé par le vent, à rider les zastrugis, on bascule sous l’Œil de la Vierge dans d’excellentes pentes en poudreuse... Et c’est pas pour nous déplaire ! Les bons virages s’enchaînent et nos cris de joie viennent rompre le parfait silence qui règne en ces hauts lieux !

On repeaute pour traverser le glacier et gagner le col Brulé. On se sent bien petits et bien seuls dans l’Alpe aujourd’hui. Un luxe que nous apprécions en silence après l’euphorie de la descente !

Petite pause restauratrice au col Brulé... Un nuage est venu se blottir sur la Tête de Valpelline et la Dent d’Hérens. Suspense paysager ! En attendant, nous sommes repassés en Italie... Et la bonne poudreuse nous attend pour la courte descente sur le Haut Glacier de Tsa de Tsan, un nom tout droit sorti d’un récit mythologique...

Entre-temps, le nuage a pris le large et, plutôt que de descendre directement sur le refuge Aosta, nous nous offrons un petit extra de 500 m à la Tête de Valpelline... Un point de vue exceptionnel d’où l’on peut embrasser en un coup d’œil quelques-uns des plus hauts et prestigieux sommets des Alpes : Dent d’Hérens, Cervin, Dent Blanche, Zinalrothorn, Obergabelhorn, Weisshorn, toute la clique des 4 000 m de Saas-Fee et j’en passe !

On reste un petit moment là-haut à se laisser envahir par la beauté qui nous entoure... avant de dévaler vers le col de la Division, d’abord par des pentes décapées (mais pas désagréables à skier), puis dans de bonnes zones de poudreuse.

Intermède alpin pour descendre sous le col de la Division, crampons et piolet de rigueur, avant de se laisser glisser jusqu’au refuge Aosta dans une neige de plus en plus changeante.

Accueil pittoresque par Diego et sa maman, qui nous reçoivent chaleureusement sans savoir que nous venions, les réseaux télécoms n’étant pas le fort du secteur ! Ce soir, nous partageons le refuge avec un sympathique groupe de quatre mené par Guillaume, jeune guide français avec qui nous ferons cause commune le lendemain.

La soirée se déroule un peu comme la précédente : séance hydratation d’abord à la tisane, puis à la bière, avant un bon festin de féculents made in Italie. Le génépi de Diego est là pour pousser tout ça, heureusement!

Jour 3 : vers la Dent d’Hérens, puis repli au bivouac Perelli

Déjà trois jours que nous vivons sans contact avec la vallée ni aucune information sur la météo. On fait donc à l’ancienne, en levant le nez et en tentant de trouver une logique à la valse des nuages.

Aujourd’hui, le plafond semble un peu plus bas que les autres jours... Nous ne monterons pas au sommet de la Dent d’Hérens, c’est maintenant une certitude, même si le projet n’était déjà plus qu’une vague probabilité ! Nous partons pour l’épaule de la Dent d’Hérens, à plus de 4 000 m d’altitude.

Départ commun avec l’autre groupe. Diego nous salue chaleureusement et me confie une petite bouteille de génépi ! Vers 3 400 m, nous nous encordons. Le glacier des Grandes Murailles n’est certes pas le plus effrayant des glaciers de cette partie des Alpes, mais de belles crevasses nous entourent et nous entrons bientôt dans le nuage. Le GPS sort du fond du sac et a droit à son heure de gloire.

Au-dessus de 3 600 m, les conditions deviennent plus sévères. Le vent se renforce. La visibilité est quasi nulle. Les deux cordées du jour font le choix d’aller se réfugier au bivouac Perelli, à 3 840 m, pour attendre une hypothétique amélioration.

Spectacle amusant que ces sept alpinistes réfugiés dans cette bicoque battue par les vents, à cheval sur une arête bien gazeuse, passant le temps en se racontant quelques blagues à la salacité plus ou moins douteuse...

Après ce petit intermède d’une heure, sans amélioration notable du climat, nous prenons la décision de redescendre. Nous faisons cause commune avec Guillaume, l’autre guide, pour unir nos compétences et gérer au mieux la descente. Une belle coopération !

Nos compagnons font l’expérience du ski encordé, une première pour tout le monde ! Évidemment, on fait pas du très grand ski, mais on adapte notre progression à ce terrain un peu crevassé et à la visibilité... Sous 3 600 m, celle-ci s’améliore et on peut se lâcher un peu plus.

Plus bas, les pentes ont quand même déjà chauffé et le ski, d’abord bon, devient de plus en plus nautique... Il faut pousser un peu sur les bâtons pour venir à bout du vallon sous le refuge Aosta.

Une petite flemme vers Déré la Vieille me fera choisir l’option rive droite, qui n’est pas un bon plan du tout : plus exposée et pas plus courte que le repeautage rive gauche. Une décision absurde mais sans conséquence, que Frank et Antoine ont la délicatesse de ne pas me reprocher !

Depuis Prarayer, une bonne petite séance de ski de fond nous attend encore pour rejoindre la bagnole quelques kilomètres plus loin. On pose le cerveau !

Virée fantastique dans cette sauvage Valpelline qui a bien tenu ses promesses... Un plaisir de partager ça avec deux vaillants compagnons !

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Raid à ski en Valpelline : trois jours entre Italie et Valais