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15 juillet 2005

Mont Blanc : Traversée Miage - Bionnassay

Trois jours pour rejoindre le Mont-Blanc par les Dômes de Miage et l’incroyable arête de Bionnassay : une traversée majeure, vertigineuse et pleine de péripéties !

Mont Blanc : Traversée Miage - Alpinistes sur la traversée

Après les trois semaines d'"expédition" avec Jade dans les Ecrins et le retour à la Meije quelques jours avant, je me sens plutôt en forme.

Fabrice est motivé aussi par un beau projet. Après mon but l'an dernier au Mont-Blanc, j'ai bien envie de récidiver mais par un itinéraire moins couru que la voie normale.

Nous ne mettons pas longtemps à nous décider pour la traversée royale. Faut pas l’appeler comme ça, il paraît, mais c’est quand même plus court que la traversée Miage – Bionnassay – Mont-Blanc – Trois Monts à la descente !

Deux amis de Fabrice se joignent à nous.

J1 – Refuge des Conscrits

Nous montons dans la grisouille jusqu’au « refuge » des Conscrits, une belle usine à gaz ! Quelques doutes sur la météo quand même… Carpe diem, nous misons au moins sur les Dômes de Miage !

J2 – Dômes de Miage et refuge Durier

Nous sommes quelques cordées à nous élancer — sans trop d’élan non plus — le matin en direction de l’Aiguille de la Bérangère. Pas vue, la Bérangère.

Ensuite, c’est un vrai régal. On est quasi constamment sur le fil des Dômes de Miage, avec en fond d’écran le Mont-Blanc et tout l’itinéraire du lendemain… La classe.

La plupart des cordées qui ont partagé notre petit déjeuner se sont arrêtées à l’Aiguille de la Bérangère ou font « seulement » les Dômes de Miage. Du coup, passés les Dômes, on retrouve une certaine solitude.

Petite pause sur les rochers où j’aurai un éclair de génie : poser mon casque sur le côté rond, pour être sûr qu’il ne soit pas trop stable ! Le casque, trop content de pouvoir enfin vivre sa destinée, s’est lancé dans une folle descente versant italien. J’ai voulu m’opposer à cette cruelle déchirure, mais j’ai bien vite compris que cela risquait de nuire à mon espérance de vie… Je crois même m’être dit pendant une seconde qu’un jour j’irais le rechercher… Oui, oui, bien sûr…

Le deuil du casque est rapidement fait avec un bon sandwich entre les mains et on se remet en route vers le refuge Durier.

De loin, le refuge paraît tout petit. Plus on se rapproche, plus on se rend compte que le refuge est vraiment tout petit ! Une vraie petite boîte d’allumettes accrochée à la montagne, dans laquelle s’entassent les alpinistes…

Heureusement, nous ne sommes pas très nombreux : une petite quinzaine d’allumettes. Mais cela impose déjà au gardien de faire plusieurs services sur sa petite table pour six personnes.

La météo est nickel pour le lendemain, avec un peu de vent… Le soir, devant une bière, on se fait tous les scénarios pour le lendemain.

J3 – Bionnassay, Mont-Blanc et Trois Monts

Nous faisons partie du deuxième wagon de petit déjeuner. Finalement, c’est bien, plusieurs services… Ça décale les départs sur la trav’. Du coup, nous ne serons jamais gênés de la journée, ni par nos prédécesseurs ni par nos poursuivants !

Petit prélude en neige. On arrive au lever du soleil dans la section rocheuse. Le rocher n’est pas des meilleurs partout, mais c’est bref. On rejoint ensuite le fil jusque sous l’Aiguille de Bionnassay.

Comme on n’est toujours pas certains d’être tous assez en forme pour aller jusqu’au Mont-Blanc, on shunte l’Aiguille de Bionnassay… Avec le recul, c’est con quand même, il devait rester même pas 50 m ! C’est pas ça qui nous aurait fait basculer dans le rouge.

Mais peut-être aussi que toute notre attention était captée par ce qui nous attendait passé l’aiguille : ce fil de neige tendu entre l’Italie et la France, cette arête de neige suspendue au-dessus de versants de 800 m, ce passage qui fait la légende de cette traversée, une des plus belles des Alpes…

Un poil de tension. Comment être indifférent à ce vertigineux chemin ? Sur environ 100 m, il faut marcher vraiment sur le fil et assurer ses pas… La stratégie d’assurage, tout le monde la connaît : sauter de l’autre côté de l’arête si votre compagnon trébuche… Très efficace, mais intellectuellement peu stimulant.

Démontrant là un évident manque de curiosité quant aux techniques alpines, aucune des cordées que nous sommes aujourd’hui sur ce rasoir de neige ne tentera l’aventure.

Arrivés au Dôme du Goûter, on évalue la fraîcheur des troupes. C’est variable, mais tout le monde est open pour continuer.

Pour ma part, je vis dans la montagne quasiment en continu depuis un mois, je suis parfaitement entraîné et acclimaté : en bref, j’ai la patate… C’est un vrai plaisir d’être là, fringuant, surtout quand je repense à l’année passée !

La montée sur l’arête des Bosses se passe bien, même si ça commence à caler légèrement pour certains membres de l’équipage. Ça râle, ça souffle, ça dit que ça peut pas, mal à la tête… Puis finalement, à l’arraché, nous sortons tous au sommet, bien heureux !

Il est 10 h 45. On profite d’un sommet quasiment désert. Le pied… Le vent finit quand même par nous chasser.

À part mal de casque et nausées pour deux d’entre nous, tout baigne. Il est tôt, nous avons largement le temps de redescendre par les Trois Monts jusqu’à l’Aiguille du Midi. D’autant plus qu’en redescendant, les effets de l’altitude s’atténueront.

La « descente » des Trois Monts comporte en fait deux faux plats montants un peu longuets. Quand on commence à être dans le rouge, ça compte !

Le passage de la rimaye du Maudit est complètement folklo. Tout ce que je déteste en haute montagne : la connerie humaine transposée à la haute altitude. Un embouteillage sans communication, où tout le monde veut tirer son épingle du jeu au détriment des autres.

Après avoir attendu sagement notre tour pour descendre proprement en rappel et nous être rendu compte qu’on se faisait gratter sans scrupules par tous les nouveaux candidats, nous avons nous-mêmes fait les veaux et balancé notre corde dans le « tas ». Pas très fier avec le recul.

Deux membres de notre équipage commencent à sérieusement ramper et la remontée des 200 m de l’arête de l’Aiguille du Midi sera pour eux un vrai calvaire, la croix en moins…

Le retour vers la vallée est surréaliste. Bienvenue à Chamonix, où en quelques minutes on passe du monde des glaces à celui des marchands de glaces. Choc brutal après trois jours en montagne, mais qu’est-ce qu’on est heureux !

Cette traversée de Bionnassay est probablement une des plus belles façons de gravir le Mont-Blanc dans un niveau de difficulté raisonnable. La montée en trois jours permet de peaufiner son acclimatation et de mettre dans sa besace, au passage, les très esthétiques Dômes de Miage.

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