Récit d'un combo paralpinisme aux Écrins : ascension du Pelvoux par le couloir Coolidge suivie d'un vol en parapente.

Le paralpinisme au Pelvoux ou l’art de transformer une belle bavante en une douce glissade dans les airs
Quand je rencontre Valentin et Margaux il y a quelques mois pour une initiation cascade de glace et ski de randonnée, la conversation dérive vite sur leurs projets estivaux. Traversée du Pelvoux — belle ambition. Et comme tous les deux ont la fibre parapente, je leur souffle l'idée d'associer à cette course d'alpinisme un des plus beaux vols rando du massif des Écrins. De l'alpivol, du paralpinisme, de l'alpi-plouf… bref un combo magique. L'idée fait mouche. Gravir le Pelvoux est déjà une belle idée en soi. La cotation est modeste sur le papier (PD+) mais la course est déjà un beau morceau :
- 1200m de dénivelé quotidien,
- les 600m du couloir Coolidge à vaincre à la force des mollets
- et surtout la très très longue et technique descente vers Ailefroide qui a mis bien des morals d’alpinistes (ça se dit ça,) au fin fond de leur chaussettes olfactivement agressives… une des plus longues descentes du massif avec 2500m de dénivelé, du glacier, des passages mixtes, des rappels, et des bons sentiers bien casse-patte jusque tout en bas.
Organisation de la sortie paralpinisme, l’heure des premiers doutes
Ces projets de paralpinisme — l'art de combiner alpinisme et parapente en haute montagne — sont vraiment hyper séduisants sur le papier. Mais réussir un tel enchaînement demande d'aligner pas mal de facteurs : conditions météo favorables à la fois pour la course et pour le vol, fenêtre de temps suffisamment large, horaires tenus, humains qui tiennent la route et une bonne dose de souplesse dans le programme.
Pour mener à bien ce combo alpinisme et parapente, je fais appel à Yohan, un copain moniteur de parapente avec qui nous avons déjà co-guidé ce type de sorties : lui gèrera toute la partie aérienne, et de mon côté je m’occuperai du terrestre.
On décide dès le départ de se programmer une fenêtre de 3,5 jours pour maximiser les chances de voler en nous offrant potentiellement 3 journées pour tenter le sommet.
Vient le moment d’éplucher les modèles en tous genres et les premières déceptions s’abattent sur nous. Nos deux premiers créneaux tombent lamentablement à l’eau : vent fort en altitude et froid. Pas très engageant, même pour du “simple” alpinisme l’affaire n’est vraiment pas bien engagée. A la veille du dernier départ possible, les conditions s’améliorent nettement pour l’alpinisme mais les chances de sortir le parapente sont vraiment dérisoires. On décide de laisser passer la nuit et de prendre une décision dans la matinée.
Surprise au réveil : les modèles ont passé une bonne nuit et sont nettement plus optimistes au petit matin. Pas l’alignement parfait non plus mais la possibilité de voler sans finir sur la Côte d'Azur commence à se dessiner. On laisse murir la décision 2-3h avec Yohan et on décide de tenter l’affaire! Les dieux du paralpinisme seront-ils avec nous?
Pelvoux (3943m) : Couloir Coolidge et sommet
Et le lendemain nous voilà tous en route vers le Pelvoux, étonnamment assez calme en ce samedi. Les conditions sont superbes, il ne fait pas très froid mais le regel est quand même très bon. De quoi mettre un rythme régulier et profiter de temps en temps du paysage depuis le fond du couloir Coolidge. A ce stade nous ne faisons aucun pronostic sur nos chances de voir aboutir la phase 2 du combo. Le vent est annoncé à tendance Nord-Nord Ouest et du fond du couloir nous ne pouvons absolument pas présager des conditions que nous rencontrerons là haut. C’est ça aussi le charme de la montagne, avancer dans l’incertitude… Nous savourons juste l’instant et les premières lueurs du jour. Le couloir Coolidge est déjà bien sec pour un mois de juin mais passe encore sans problème.

Levé de soleil sur le sud des Ecrins

Dans le couloir Coolidge
Retrouver le soleil sur le plateau du glaciaire du Pelvoux après des heures dans la nuit et l’ombre est toujours un grand moment.

Sortie sur le Glacier des Violettes
Le paysage s’ouvre progressivement à 360° et quelques efforts plus tard, nous voilà tous au sommet!
Tout le monde est joyeux!
Au sommet sur fond de Mont-Blanc
Petit panorama
Happy!
Suspens pour le vol en parapente, le Pelvoux retient son souffle
Yohan est déjà la truffe au vent en train de scruter, sonder, sentir, comprendre les caprices Eoliens du jour. Il descend au niveau de la pente centrale. Première bonne nouvelle, le vent est bien orienté! Mais en parapente, juger les conditions aérologiques est un art complexe qui nécessite de prendre son temps… Nous actons assez vite d’aller voir plus bas, le vent rentre un peu trop fort par moment et le décollage au dessus de la pente centrale ne tolère pas trop d’approximation, clairement inadapté à notre petite équipée du jour !

Début de la descente du Glacier des Violettes
Nous allons nous poster au dessous du Petit Pelvoux où le terrain est déjà plus tolérant en cas d’erreur au décollage. Après quelques minutes à essayer de sentir les conditions, Yohan avec notre consentement décide qu’il est possible de voler… Nous passons donc en mode préparation et activation du mode paralpinisme!
L’idée est de faire décoller en premier Valentin qui vole en autonomie puis viendra le tour de Margaux et Yohan en biplace et, en voile balai, bibi qui ne doit bien entendu abandonner personne derrière lui dans la montagne!!

Essais radio

Mise en place du premier oisillon!
La préparation n’est pas facile, contrariée par quelques rafales mais entrecoupée de prometteurs créneaux plus calmes. Yohan chapeaute de main maître les opérations et mets en confiance Valentin. Nous ne sommes pas trop de 3 pour lui tenir l’aile fin prête dès que le bon créneau se présente. Après un petit quart d’heure, le premier volatil prend son envol!!

Yihahh!
Place au biplace. Même topo, la préparation est consciencieuse et on essaye de gérer au mieux les coups de vent. Yohan à nouveau gère tout avec brio, patience et sans précipitation. J’aide aussi pour que l’aile se présente au mieux. Margaux a déjà fait pas mal de vol en biplace et connaît le process, ça aide bien aussi! Au premier bon créneau, les 2 m’abandonnent à une soudaine solitude!!

Et en avant pour le biplace!

C'est bon ça!
Solitude du guide sur le glacier des Violettes
Je ressens un bon soulagement de savoir tout le monde en l’air voire même déjà à bon port! Après une vue plongeante sur les séracs des Violettes le biplace met le cap directement sur Vallouise pour un vol splendide de 25 minutes.
C’est quand même toujours étrange de voir se briser si soudainement le lien sacré de la cordée si cher aux montagnards… mais quand on connaît la descente du Pelvoux, on se console vite en pensant à toute l’énergie épargnée, aux genoux qui piqueront moins ce soir, et aux risques que l’on n’aura pas pris au dessus des ponts de neige ou dans des manipulations de corde avec parfois d’autres cordées au dessus…
Je prends conscience qu’avec mon aile ultralégère et ses suspentes ultrafines, la préparation sans assistance n’est pas une affaire gagnée d’avance. J’hésite un instant à descendre plus bas chercher un coin plus calme pour tout préparer tranquillement mais dans un excès de confiance je succombe à la tentation d’essayer de faire ça là au même endroit que le reste de la troupe… Bon c’était plié d’avance, en quelques minutes j’entortille lamentablement mon aile et me retrouve avec une infâme boule de suspentes et de tissus… La loose intégrale.
Avec le vent soutenu du jour pas moyen de démêler ça. Je remballe l’aile la mort dans l’âme et part en quête d’un coin plus calme que je crois trouver 100m plus bas. Les opérations de démêlage du schmilblick s’annoncent complexes et je finit par jeter l’éponge devant des nœuds incompréhensibles et ce coquin de vent bien qui retourne mon aile toutes les 2 minutes… L’heure tourne et si je dois descendre à pied, je dois le faire avant que le glacier ne chauffe trop au risque de passer d’intenses moments de méditation au cœur du monstre des Violettes. Je remballe à nouveau le paquetage dans l’espoir de retenter ma chance plus bas je traverse le glacier encore très bien bouché en ce début de saison.
Après une autre tentative de démêlage échouée avant les rappels du couloir, je me résigne à mon sort et me prépare à tout redescendre jusqu’en bas à pied, la queue entre les jambes non sans lâcher quelques jurons aux quatre vents de la montagne.
Je double les autres cordées du jour aux prises avec les rappels du couloir. De mon côté c’est la première fois que je descends seul par ici et je me rends compte à quel point avec personne au bout de sa corde ce passage est vraiment presque une partie de plaisir!
Après la traversée sous les séracs, l’air est vraiment plus calme qu’en altitude, et je ne résiste pas à sortir mon aile pour la 4ème fois du jour. Quitte à devoir la démêler, ici ou à la maison il faudra bien le faire ! Au bout d’une 45 min de patience je viens à bout des derniers nœuds!!
Hip hop, prépa, gonflage, tout est Ok et Yallah! Enfin à mon tour dans les airs! Mon vol sera un peu moins long que les autres, je file direct en direction du Pré où m’attend la voiture avant de rejoindre tout le monde à Pelvoux . On ressoude la cordée le temps du débrief de la journée et de partager la joie de ce beau combo!

Enfin dans les airs!
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