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11 juillet 2018

Pilier Sud Barre des Ecrins

Avec Guillaume, nous gravissons le Pilier Sud de la Barre des Écrins en deux jours : bivouac en paroi, belle escalade et premier 4 000 au sommet pour lui.

Bivouac en paroi dans la face sud de la Barre des Écrins

Après quelque temps loin des montagnes, Guillaume commence à avoir la bougeotte ! Premier passage clé : trouver une petite fenêtre commune dans nos agendas du moment, pas une mince affaire ! Finalement, nous calons un mini-créneau, sans marge aucune ! Guillaume en sera quitte pour une montée directe au bivouac après son arrivée en train, et moi après un petit échauffement matinal aux arêtes de la Bruyère !

Du Pré de Madame Carle au bivouac Chaud

Évidemment, par les temps qui courent, lier son destin à celui de la SNCF est un peu joueur, et quand Guillaume m’annonce que son train a 1 h 30 de retard, je suis à peine étonné… Je prends mon mal en patience en faisant la sieste après ma virée du matin sur les arêtes de la Bruyère. Finalement, il est 15 h quand je récupère Guillaume et on file direct au Pré de Madame Carle. L’idée du jour est de monter dormir le plus haut possible dans la face sud de la Barre des Écrins, si possible tout en haut du socle. Il est un peu plus de 16 h quand nous partons. On verra bien, les options de bivouac sont nombreuses.

La marche d’approche permet à mon acolyte de sentir que la forme est là, que les kilomètres de footing accumulés ne l’ont pas été pour rien ! De mon côté, en guide inquiet, je l’encourage à ralentir le rythme pour s’économiser et garder le power pour la suite ! Personne dans le secteur, sauf quelques chamois qui rôdent aux Balmes de François Blanc. Les grandes faces du Glacier Noir trônent royalement au-dessus de nous, indifférentes aux inutiles et futiles activités humaines.

À 19 h, nous franchissons la complexe rimaye qui donne accès à la face sud, en rive droite du couloir des Avalanches. Ensuite, l’itinéraire zigzague au mieux dans le socle, en se déjouant des parties les plus raides par quelques cheminées.

À 21 h, nous sommes à la hauteur du bivouac Chaud, 100 m sous la Tour Rouge. On pourrait cravacher un petit coup pour aller bivouaquer sous la Tour Rouge, mais nous sommes tous les deux fatigués et satisfaits de nos journées respectives : Guillaume a réussi à rallier la gare du Nord au bivouac Chaud dans la journée, et moi j’ai effectué le trajet Champcella–bivouac Chaud via le sommet de la Bruyère !! Basta !

La question bivouac vs « à la journée » anime passionnément l’esprit de tous les prétendants à cette belle classique… Pour nous, l’option bivouac n’a jamais fait l’ombre d’un doute ! Guillaume, sans acclimatation, ne se sentait pas une mission grosse bavante de la mort à plus de 4 000 m et était franchement attiré par l’idée d’un premier bivouac en paroi. De mon côté, pris dans le rythme endiablé de la saison et des courses qui s’enchaînent, je trouvais assez séduisante l’idée de ne pas me lever à minuit et de répartir les efforts sur deux jours ! Et puis, avec le matos moderne et quelques choix de bon sens, on peut s’en tirer avec un excédent de poids très raisonnable !

En tout cas, maintenant qu’on y est, à ce bivouac, on est bien contents ! Le soleil termine son job quotidien sur les faces du Pelvoux et du Pic Sans Nom pendant que Guillaume s’endort sur son bol de soupe et que je transforme de la neige en eau. J’ose perturber de temps à autre la douce somnolence de mon compagnon pour lui proposer, jusqu’à pas d’heure, quelques potions réhydratantes… Il est 23 h : extinction des feux !

Peut-être l'habitude des réveils à 3h, à moins que ça ne soit ce satané machin en "ite" qui opprime mes sinus : Guillaume est bien mal barré pour faire une grasse mat' ce matin! C'est un guide bien réveillé qui le secoue vers 5h15 prétextant un levé de jour imminent! Le spectacle n'est pas déplaisant avec au loin quelques orages mourant sur l'Italie...

Levé de soleil sur les nuages

Pilier sud Barre Ecrins - Levant sur nuages italiens

6 h 15 : on se met en route. Il nous reste environ 100 m de « socle » avant la Tour Rouge. Rien de difficile, mais dès le réveil, il faut être concentré. Nous croisons le bivouac de la Tour Rouge, encore bien sous la neige en ce moment. Finalement, l’option bivouac Chaud était pas mal !

L’itinéraire des topos n’est pas des plus limpides pour la Tour Rouge, et mes souvenirs d’il y a dix ans se sont plus qu’évaporés ! Allons-y au feeling ! Le caillou est beau et sain sur cette tour, encourageant l’audace ! Finalement, il est parfois plus simple de lire la montagne qu’un topo ! Un contournement de Tour Grise plus tard, et nous voilà rendus au pied du Bastion, le ressaut clé de c’t’affaire.

Tout se déroule pour le mieux dans le Bastion : les traversées ne sont pas si exposées que le laisse penser le topo, le rocher pas si mauvais, l’itinéraire pas si complexe et le sac chargé du bivouac pas si lourd… Une vraie promenade de santé, quoi ! Enfin presque… Dans un élan de motivation, je propose même à Guillaume de tenter une sortie directe dans le dernier ressaut : nous opterons sagement pour la sortie classique !!

Passé le Miroir, c’en est fini des grosses difficultés du jour et nous avons notre dose de rocher. Nous tirons à gauche pour gagner les pentes de neige et le couloir qui mènent à la brèche entre le Pic Lory et la Barre des Écrins. Les traces des jours précédents et de ceux venant de la traversée sud–nord nous aident dans notre progression, mais ça commence quand même à tirer là-haut pour Guillaume et son corps en déficit globulaire…

Dernières pentes de neige vers la brèche entre le Pic Lory et la Barre des Écrins

Pilier sud Barre Ecrins - Dernières pentes de neige

Premier 4 000 pour Guillaume

12 h 15 : summit ! Premier 4 000 pour Guillaume. Tout à son honneur de ne pas avoir fait de cette altitude la quête du Saint Graal et d’avoir attendu tout ce temps-là pour franchir cette ô combien symbolique frontière numérique ! Tout est magnifique là-haut aujourd’hui… L’horizon est parfaitement dégagé. Les dernières cordées venues du versant nord nous laissent le sommet quand nous arrivons. Nous passons plus d’une heure là-haut à contempler et à siester ! Il fait une douceur indécente. Pas un souffle d’air pour contrarier notre somnolence. Qu’ils sont bons, ces moments d’alti-plénitude !

Guillaume et son guide au sommet de la Barre des Écrins après l’ascension du Pilier Sud

Pilier sud Barre Ecrins - Selfie de base

En bon gâcheur d’ambiance et guide soucieux du retour, je finis par réveiller mon compagnon de sa sieste avec une soupe. C’est qu’on n’est pas tout à fait rendus !

Le guide au sommet de la Barre des Écrins après l’ascension du Pilier Sud

Pilier sud Barre Ecrins - Guide en poid à l'hypoxie

Le début de la suite sera assez vite expédié : une heure après nous sommes au pied du Dôme, après une grande glissade de presque 1000m! Le reste jusqu'au Pré de Madame Carle sera un petit peu moins ludique!

Données Pratiques / Topo

J1 — Montée au bivouac Chaud

  • Départ du Pré de Madame Carle dans l’après-midi, approche par le Glacier Noir, franchissement de la rimaye et remontée du socle de la face sud de la Barre des Écrins. Installation au bivouac Chaud, environ 100 m sous la Tour Rouge, pour une première nuit en paroi avec Guillaume.

J2 — Pilier Sud et premier 4 000 pour Guillaume

  • Départ à 6 h 15, ascension de la Tour Rouge, contournement de la Tour Grise puis escalade du Bastion et passage du Miroir. Sortie par les pentes de neige vers la brèche entre le Pic Lory et la Barre des Écrins. Sommet à 12 h 15 : premier 4 000 pour Guillaume, suivi d’une longue pause avant la descente côté Dôme et le retour au Pré de Madame Carle.
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